
Hier soir je suis tombé sur l'émission de Taddéï qui était consacrée aux jeux-vidéo. J'aime bien les jeux-vidéo. J'y ai beaucoup joué.
This is my generation...
Mon père avait un magasin autrefois. J'ai grandi avec Zelda, Mario, Sonic et les autres. Je dormais souvent avec des
Nes et des
Master System en double ou triple exemplaire sous mon lit. Puis est arrivée la
Playstation. J'ai passé de grands moments seul devant la mort d'Aeris dans
Final Fantasy VII, dans les conduits d'aération de
Metal Gear Solid ou dans l'épais brouillard de
Silent Hill. Des heures inoubliables.
Hier donc, se trouvaient entre autre sur le plateau un journaliste de Libération, un philosophe et un joueur expérimenté de
Warcraft.
Les interventions du premier pourraient se résumer ainsi :
les Etats-Unis et Israël sont le Mal absolu, les œuvres se doivent d'envoyer des messages clairs aux gens, par conséquent les seuls jeux valables et dignes de respect sont ceux qui dénoncent Bush et qui défendent le Hamas. Rien de surprenant évidemment, mais je trouve toujours effrayant de constater à quel point certains types peuvent dénaturer l'art, l'idéologiser pour en faire un outil de propagande et oublier toute notion de subtilité, de transcendance et même de Beauté. Enfin bref, un gauchiste quoi.
Le deuxième était un peu plus intéressant. Il parlait de
Grand Theft Auto. Tout le monde en parle en ce moment, il cartonne, c'est normal. Selon le philosophe, c'est un danger pour les valeurs et la construction des jeunes, qui risquent de s'identifier à un criminel à une période fragile de leur évolution. Certes. Mais il ne faut pas tout inverser.
GTA ne tombe pas dans un bain de pureté comme un cheveux sur une soupe. Si ce jeu se vend autant, c'est parce qu'il correspond tout à fait au monde qu'on nous sert depuis des années. Il est bien plus une conséquence qu'une cause. Alors certains y joueront pour se défouler, avec le recul nécessaire, jusqu'ici rien de bien méchant, et d'autres s'éclateront dessus par procuration. Ils se plairont à baiser des fausses putes et à faire du gros billet vert virtuel, parce que c'est devenu leur idéal de vie.
Le troisième et dernier gars, barbe de trois jours et blouson en cuir, ne pouvait que m'être sympathique. Ses interventions, rares, étaient souvent les plus intéressantes. Ses références aussi.
Morrowind,
Oblivion,
Warcraft... Déjà le mec cite le jeu duquel je tire mon pseudonyme. Et puis il continue... Lui il joue à ce genre de jeux de rôle
heroic-fantasy parce qu'il y trouve un monde qui n'existe plus. Un monde d'ordre, avec des repères. Un monde où les races et les terres ne sont pas des mauvais souvenirs. Un monde de hiérarchies, de limites et de différences. Un monde où les mots
Honneur et Fidélité ont encore un sens et se manifestent concrètement. Un monde enraciné, avec des décors sublimes et des coins de nature paisible. Des champs de bataille aussi, mais des vrais, pas des images comme celles que l'on a pu voir lors de la guerre du Golfe à la télévision, où ceux qui tirent les missiles se trouvent à des centaines de mètres de leurs victimes, et où ces dernières ne sont que des petits points lumineux qui s'éteignent froidement sur un radar.
Ce qui fait le succès de ces univers aux saveurs de Tolkien, de ces donjons et de ces dragons, c'est l'aspiration au retour d'une certaine morale, d'une certaine vision des choses, c'est la nostalgie d'une époque que l'on a jamais connue, c'est un besoin de simplicité, une soif d'échelle humaine à l'heure où tout est question de flux intercontinentaux, d'études de marché, de concepts globaux, de paix sociale administrée, d'éphémère et d'abstraction, il est tout à fait sain que nous cherchions le ruisseau, l'arbre et le combat. Si au cinéma
nous rêvons d'orties, le jeu-vidéo nous offre la possibilité d'incarner véritablement une autre personne. D'être quelqu'un d'autre, dans un autre temps en d'autres lieux, ne serait-ce que quelques instants. Et cette évasion est à l'image du joueur.
Dis moi à quoi tu joues et je te dirai qui tu es. Pour supporter ce monde sous cellophane, moi je suis un Elfe Noir qui défend sa terre ; la racaille elle, prend son pied en tabassant une vieille à coup de barre de fer et se laisse tenter par le
car jacking. Je joue à
Morrowind, elle joue à
GTA.